Soins & Preuves

Editorial

Pourquoi publier Soins & Preuves en 2007 ?

Comme l’ensemble des professions de santé, infirmières et infirmiers sont appelés à s’engager dans l’évaluation et l’amélioration de leurs pratiques professionnelles (EPP). C’est une exigence professionnelle avant d’être une obligation réglementaire.
L’EPP permet également de conforter la confiance des patients dans la qualité des soins qui leur sont dispensés et de s’assurer de la bonne utilisation des ressources.
Pour mettre en œuvre cette politique, la Haute Autorité de Santé (HAS) s’engage dans une démarche de partenariat avec les professions de santé. Ce partenariat se met également en place avec les structures professionnelles concernées :
       • d’une part le Conseil de l’Ordre des infirmiers, dont l’une des missions est de participer à la diffusion des règles de bonnes pratiques et d’organiser l’évaluation de ces pratiques en coordination avec la HAS,
       • et d’autre part le Haut Conseil des professions paramédicales, dont l’une des missions est de participer, en coordination avec la HAS, à la diffusion des recommandations de bonne pratique et à la promotion de l’évaluation des pratiques.

L'EPP se définit comme une démarche organisée d'amélioration des pratiques, consistant à analyser régulièrement les pratiques réalisées et les résultats obtenus, au regard des références professionnelles. Cette démarche est l’équivalent du formative assessment (évaluation formative) des Anglo-Saxons.
L'évaluation des pratiques se traduit donc par un double engagement des professionnels :
       • fonder son exercice professionnel sur des références ;
       • analyser ses pratiques au regard des références.

Les modalités de mise en œuvre de l’EPP sont nombreuses et diversifiées, elles ne se limitent pas à des méthodes fondées sur la mesure a posteriori des écarts entre la pratique et un référentiel (audit).
Elles peuvent inclure des approches qui, par exemple, permettent de mieux contrôler les processus de soins en plaçant l'évaluation au sein de la pratique quotidienne (chemin clinique, reminder ou aide-mémoire, arbres de décision, revue de mortalité, séances de révision de dossiers, staff de type EBM-meeting) ou des modes d’organisation de l’exercice qui impliquent des pratiques « protocolées » et évaluées.

L'évaluation des pratiques professionnelles et la formation continue ont toutes deux une même finalité : améliorer la qualité des soins et le service rendu au patient. Pour atteindre cet objectif commun, EPP et formation continue empruntent des voies complémentaires :
       • la formation continue privilégie une approche davantage pédagogique, fondée sur l'acquisition de nouvelles connaissances/compétences ;
       • l'EPP privilégie une approche davantage clinique et professionnelle, fondée sur l'analyse des données de l'activité.

La profession infirmière dispose de trois avantages lui permettant de développer des démarches d’EPP aisément :
       • de par leur formation initiale (où l’auto-évaluation occupe une place significative), les infirmières et infirmiers ont une forte culture de l’évaluation même si, parfois, cette culture est centrée sur une approche principalement normative ;
       • une part significative de l’activité clinique est déjà « protocolée » ;
       • plus que d’autres professionnels, les infirmières et infirmiers ont l’habitude d’un exercice en équipe « coordonné et analysé ».

Beaucoup d’infirmières et d’infirmiers se sont déjà engagés dans une démarche d’EPP, que ce soit en participant dans les établissements de santé à la démarche de certification ou parce qu’ils réalisent des soins basés sur des protocoles. L’élaboration de ces protocoles nécessite de disposer de références validées, solidement démontrées au plan scientifique, autrement dit fondées sur un « haut niveau de preuve » selon une expression qui fait référence aux « Soins de santé fondés sur les preuves » (Evidence-based healthcare), un mouvement d’origine canadienne qui tend à s’imposer au niveau international depuis une dizaine d’années.


Pourquoi publier Soins & Preuves en 2007?

En France, les infirmières et infirmiers disposent de peu de références validées pour définir les bonnes pratiques de soins et élaborer des protocoles. La publication d’articles présentant des démarches de soins basés sur les preuves dans ce nouveau journal intitulé Soins & Preuves (édition française d’Evidence-Based Nursing) doit permettre aux infirmières et infirmiers de disposer de références valides qu’ils peuvent utiliser pour élaborer des protocoles de soins (voir Encadré).

Si elle peut apparaître encore un peu avant-gardiste pour l’heure présente, la diffusion de cette démarche en France est assurément un enjeu important pour l’avenir de la profession. Un article récent relatant une étude réalisée dans un autre pays francophone présente les différences de compréhension par les professionnels de santé des termes utilisés dans les articles scientifiques. Cette étude a touché des infirmiers, des médecins et d’autres professions de santé : elle a montré qu’il est important de diffuser la culture de l’évaluation auprès de tous les professionnels de santé. Le prochain numéro de Soins & Preuves devrait présenter les résultats de cette étude.


Le Comité éditorial



Comment lire avec profit les articles sélectionnés.
Note de la rédaction française.